Je souhaite partager, dans cet article, ma pensée clinique à partir d’une étude de cas : L’art et la manière de l’harmonisation :
Transformation de l’harmonisation au fil du processus thérapeutique.
Cette présentation a fait l’objet d’une conférence dans le cadre du congrès de Psychothérapie Intégrative, à Montpellier, 2019.
R é s u m é :
– L’harmonisation est un processus relationnel qui s’adresse à l’élan vital de la personne, mobilisateur du changement. Peut-elle être mobilisatrice d’inertie, de passivité, de renforcement scénarique ? Dans quelles conditions l’harmonisation peut-elle devenir invalidante au processus créatif du Vrai Soi ?
– L’harmonisation prend une expansion, une envergure, se signifie comme singulière au cours du processus thérapeutique pour qu’elle soutienne créativité, choix de vie et renoncement au passé.
– Je parlerai de mes interruptions stratégiques de contact dans la psychothérapie pour orienter/réorienter l’énergie vitale de la personne, au delà des traumas vers la guérison et l’émergence du Vrai Soi en contact.
M o t s c l é s :
Harmonisation ; processus relationnel ; compassion ; système de scénario ; stratégie du changement ; harmonisation collusion ; Moi blessé ; Vrai Soi.
Harmonisation et harmonisation dissonante…
Tout commence un matin de novembre 2017…
Je suis en voiture, je longe la mer pour aller à mon cabinet à Marseille et j’écoute Augustin Trapenard, journaliste radio à France Inter, qui parle d’harmonisation et d’harmonisation dissonante en présentation des deux chanteuses « les Brigitte »…
Et comme le thème du prochain congrès de Psychothérapie Intégrative de 2019 à Montpellier est « l’harmonisation et l’implication » j’écoute avec attention…
Les Brigitte sont chanteuses. Depuis une dizaine d’années, leurs voix s’accordent l’une à l’autre, au gré de mélodies chaloupées. Elles ne se connaissaient pas, se rencontrent, se découvrent et composent ensemble.
Augustin Trapenard dit : « l’harmonisation en musique est une science complexe depuis l’élaboration des accords jusqu’aux principes qui les gouvernent ainsi que leurs enchainements. Si on remonte à la Grèce antique, l’Harmonisation relève de la cosmologie et de l’éthique. C’est un principe de cohésion des éléments et des êtres. C’est cette visée que les éléments d’un tout sont enfin à la place qui leur est destinée, c’est la seule garantie de la cohérence du monde contre le chaos.
L’harmonie c’est l’équilibre du monde ».
Et un des principes majeurs de la théorie de la Psychothérapie Intégrative !
J’apprends, en interrogeant des amis musiciens, que pour jouer une harmonie, en musique, il faut être au moins deux, c’est un processus relationnel. C’est une reconnaissance de la singularité de chacun pour créer ensemble. C’est travailler au même rythme, en ayant chacun une voix différente, des notes différentes. Il faut être différent pour créer l’harmonie.
Composer une harmonisation dissonante vise, comme dans la musique contemporaine, à créer une tension sans résolution : les notes frottent, dérangent. Quel est l’intérêt ? D’ouvrir… sans un final, sans une résolution… La tension est ouverture, accès à une certaine quête… de résolution sans la diriger.
Ecoutez Gyögy Ligeti, compositeur, Lux Aeterna, 1
C’est très éclairant à cet égard.
Après l’écoute de l’émission d’Augustin Trapenard, je m’inspire d’analogies :
en peinture, analogie avec l’harmonie des couleurs, camaïeux de couleurs, famille de couleurs proches autour d’une dominante d’où découlent toutes les nuances (dominante jaune et toutes ses variations) : le spectre des couleurs. Parfois des oppositions en peinture viennent perturber cette organisation mat/brillant, orange/bleu, un collage sur une peinture… Quelque chose se pose qui paraît incongru, inattendu… qui fait dissonance, qui frotte.
en photographie, Roland Barthes « dans la chambre claire » analyse l’esthétique de la photographie, il parle du punctum : imaginez une surface de camaïeux bleu. Par exemple : imaginez une plage à Trouville, en Normandie, par un matin ensoleillé de printemps. Vous apercevez un point orange au loin qui se déplace dans la baie normande. Ce point, punctum, fait dissonance, accroche le regard comme un élément perturbateur qui crée une tension, qui mobilise quelque chose à l’intérieur de soi. Le regard capte ce point orange, suit sa ligne, son mouvement, ébauche une histoire… Qu’est ce que c’est ?…
Et dans le registre de la relation, qu’en est-il ?
Nous parlons en Psychothérapie Intégrative, d’harmonisation, comme processus relationnel qui s’adresse à l’élan vital de la personne.
Erskine et Trautmann conceptualisent l’harmonisation « comme étant un processus double : cela commence par l’empathie, c’est-à-dire être sensible et s’identifier aux sensations, besoins et sentiments d’une personne et se poursuit par l’acte de communiquer cette sensibilité à cette personne. Il s’agit d’un processus de communication et d’unité dans le contact interpersonnel. » 2
L’harmonisation est une connexion profonde entre deux personnes, reliée aux besoins relationnels et aux affects d’autrui qui permet accueillir l’autre :
dans sa tristesse avec compassion,
dans sa colère avec respect et en le prenant au sérieux,
dans sa peur en lui offrant de la sécurité,
dans sa joie, pour célébrer ses réussites.
Voici un questionnement :
Peut-on parler d’harmonisation dissonante ? Dans quel contexte ? A quel moment ? Comment le comprendre d’un point de vue stratégique et tactique ? Visée dans un processus thérapeutique ?
Je ne parle pas ici de mes erreurs d’accordage au Moi blessé de la petite personne, mais d’une stratégie de résolution – il s’agit de créer une tension en vue d’une résolution – que j’appelle « le pas de côté », mobilisateur du changement.
Vignette clinique :
Je vais illustrer mon propos en vous présentant mon travail avec Lucie, vous faire part du cheminement thérapeutique et des mes réflexions à propos de l’harmonisation dissonante comme processus thérapeutique.
Je rencontre Lucie il y a sept ans, belle femme de 44 ans.
A la première séance, Lucie me confie que c’est une amie à elle, une de mes clientes, qui lui a transmis mes coordonnées.
« -Qu’est ce qu’elle/son amie vous a dit qui vous a donné envie de venir me voir ?
– Que vous la preniez dans vos bras. »
Lucie me donne un mode d’emploi, un plan de traitement dans la formulation d’un besoin non satisfait, l’espoir d’un contact. C’est comme une demande anticipatrice de résolution de la fermeture d’une gestalt.
Lucie est mère de deux grands enfants et belle-mère de deux autres, qu’elle n’investie pas. Elle vit avec un homme depuis sept ans qu’elle anime, dit elle. Elle se « sent empêcher de désirer », a peur de sa vulnérabilité, qu’elle associe à une crainte de l’effondrement ou peur de devenir folle (son grand père maternel a été pendant la moitié de sa vie, interné en psychiatrie).
Lucie parle d’une enfance volée, d’une innocence violée. Les rôles entre mère et fille sont inversés, mère dépressive, abusive, débordante, envahissante, oscillante entre du trop plein ou du trop vide.
Les parents se séparent, elle a 8 ans. Père et mère sont comme deux petits enfants dont Lucie va tenter de prendre soin. La mère couche avec le petit ami de Lucie, elle a 16 ans à l’époque. « Je ne comprends rien aux relations, l’autre est une énigme.»
Elle peut sentir de l’attachement à ses parents quand ils sont à distance. Mère ambivalente, père fou de douleurs, belle mère qui « l’éjecte », dit elle.
Ses rêves sont peuplés de labyrinthes, elle se sent perdue, sans attachement, sans repère, rêves animés de terreurs d’engloutissements.
« J’ai peur de ma violence qui me rend silencieuse, je mets ma mère à distance » Silence ou violence… Peut être y a t il un autre chemin…
Elle parle d’elle comme étant une enfant découpée, hachurée, morcelée.
Ses mots sont isolés, décousus, des sanglots les accompagnent. Comme un puzzle, les éléments se cherchent sans se trouver. Je fais l’hypothèse que Lucie a besoin d’un autre qui accueille, qui relie, qui contienne et qui compose l’histoire.
Il n’y a pas de Je sans tu, nous dit Martin Buber, 3.
Je propose que ces mot/maux soient écrits sur un papier, genre post-it, comme ils surgissent dans son esprit et jetés au hasard sur une feuille de papier. A la façon du peintre dadaïste Hans Arp, 4, qui confiait ses découpages de papier au hasard d’un jeté sur une feuille. Puis les collait.
Nous explorons chaque mot et Laure petit à petit tisse l’histoire, son histoire, relie des éléments entre eux, des événements, organise, structure. Chaque élément est une stimulation au lien, qui se met en parole.
« Bébé Jules, mère, père, des prénoms, des lieux, Bordeaux, laguiole, sang, métier, vide, règles, détresse ». Le mot devient un élément d’une trame qui se tisse et qui donne vie. A la fin de cette exploration archéologique, Lucie, va relier par des fils de Soi(e) chaque élément, va créer une œuvre artistique : le processus créatif permet d’intégrer l’histoire dans une dynamique de transformation. Du chaos à la beauté structurée et partagée : forme de résolution.
Je peux sentir sa peur. M’approcher à pas doux, proposer ma présence, mon contact. Me laisser touchée par cette petite. Etre traversée par la sensibilité que j’ai de sa singularité.
Je me rappelle notre première séance « espoir d’être prise dans les bras ». Me tenir là. Je m’harmonise à ses affects de peur, de détresse, de désarroi : l’harmonisation compassionnelle c’est reconnaître à l’autre son unicité et s’impliquer avec lui : c’est un acte consolateur qui permet une unification ou réunification du Soi fragmenté, dans l’acceptation de notre humanité, d’une humanité partagée, 5.
Parfois en séance, Lucie me parle de son travail d’infirmière en pédiatrie et maternité d’un hôpital.
Nous tissons les fils de son histoire. C’est une forme d’appréhension des drames de sa vie, par procuration et par identification à ces tout petits dont elle me parle. Nous pleurons ensemble quand elle évoque un petit enfant abandonné qui décédera quelques jours après la déclaration d’abandon.
Dans ces séances, où elle parle d’elle à travers un autre, apparaissent ses propres besoins d’enveloppement, de contact, d’implication de l’autre, pour restaurer un Moi Peau perforé.
C’est ce que je lui propose dans du travail corporel. Le corps prend vie et peu à peu la sécurité interne et externe se construisent. Elle se met à peindre, à coudre des trucs superbes qu’elle réalise en pensant à moi, qu’elle m’offre… en gratitude et … pour se faire aimer. Je les refuse, certains à contre cœur, pour qu’elle puisse faire l’expérience de la gratuité dans le lien.
La compassion, va bien au delà de souffrir avec, il s’agit plus globalement et d’un point de vue existentiel, d’apprendre à participer à la réalité de l’autre :comprendre intimement son expérience, partager ce que la personne vit : ses peines, ses douleurs, ses confusions, ses angoisses, ses bonheurs, sa joie, ses espoirs : c’est être harmonisé dans un accueil inconditionnel. L’harmonisation facilite la relation en contact, nous dit Richard ERSKINE. Elle permet la relation en contact, 6.
Participer à la réalité de l’autre, c’est me réjouir avec Lucie de l’achat d’une maison avec son amoureux, c’est l’accompagner à devenir belle-mère et se positionner, c’est l’encourager à sentir et à exprimer sa colère, c’est m’interposer, 7, face à l’injustice et dommages subis, passés et actuels. C’est prendre part, se positionner en alliée, engagée à ses côtés.
C’est soutenir Lucie quand le couple se sépare, un an après l’achat de la maison qu’elle avait investie comme un nid… Répétition des drames de son existence… « Il n’y a personne pour moi, je ne vaux pas le coup » : voici comment Lucie renforce sa croyance négative de scénario, 8.
Suivront deux ans d’errance et de reconstruction, Lucie apprend à sentir son corps, ses limites, ses émotions et leur légitimité. Accepte sa vulnérabilité. Renonce à sa posture de sauveur, dévoile les injustices, fait des demandes, se réinstalle dans une maison « de ses rêves » à la campagne, s’engage dans une formation professionnelle de cadre de santé.
On pourrait s’attendre à une célébration du chemin parcouru, et bien non…
A une séance, elle énonce qu’elle « veut aimer et être aimée d’un homme dans une relation authentique », elle se met à pleurer et à cet énoncé son énergie chute : remobilisation de sa croyance « c’est pas pour moi, je ne mérite pas ». C’est une forme de réactualisation des croyances qui alimentent les blessures du passé et les remobilisent au présent.
Un présent qui n’est jamais véritablement investi au présent qui semble une actualisation du passé. La cicatrisation sera –t-elle possible un jour ?
« Je veux aimer et être aimer » : mobilise l’énergie de la vie, tend à une réorganisation du scénario, re-modélisation de système de scénario à partir des besoins et réalités existentielles d’une femme et non plus de l’enfant blessé et traumatisé.
A cette énergie de vie se juxtapose l’énergie du mortifère.
« – Que pensez vous de ce qui est en train de se passer là juste maintenant ? lui demandais-je
– Je voudrais un p’tit câlin », me répond-elle.
Temps d’arrêt sur image dans cet échange : que se passe-t-il chez moi ? Je fais une petite visite de mon contre transfert : j’y trouve de l’agacement et de la frustration.
Puis, je me demande ce qui est juste comme positionnement pour Lucie et ce qui est en train de se dérouler.
J’éprouve un besoin de discerner et d’ajuster ma posture. Quel est le sens de sa demande du « p’tit câlin » ? J’ai perdu la femme adulte et me retrouve avec la petite fille qui répète le trauma.
Alors, à quoi m’ajuster ?
Qu’est-ce qui est porteur de vie, là où est en est Lucie dans son processus de croissance ? Là où nous en sommes dans notre dynamique relationnelle ?
Là où en est le transfert ?
De quoi cette cliente a besoin ?
Quelles sont ses nécessités existentielles ?
Comment l’accompagner dans l’étape de développement qui est la sienne ?
Nécessité de situer la dynamique thérapeutique en utilisant le Keyhole.
Je décide de faire part à Lucie de mes interrogations sur sa demande et sur mon positionnement. Je suis préoccupée et je lui dis. Je ne veux pas contribuer à quelque chose qui n’est pas juste pour elle, sain et protecteur, en prenant le risque de renforcer une position mobilisatrice d’inertie, de passivité, de dépendance.
Je perçois le risque potentiel d’un enlisement relationnel, dans un renforcement du système scénarique.
Cette posture d’harmonisation dissonante, qui correspond en Analyse Transactionnelle à un croisement des transactions, vise t-elle à gérer ma frustration (manque de célébration), mon égo blessé (négation du chemin parcouru en ces six années de travail), mon propre désir ou pour aider Lucie à résoudre quelque chose, dans une nécessité de sevrage maternel ?…
La « nécessaire et inévitable frustration » pour grandir…
J’ai donc choisi de créer une mise en tension pour stimuler la recherche d’une résolution, comme il arrive en musique.
Nous échangeons à propos de ce processus, en vue de remobiliser l’Etat du Moi Adulte de Lucie. J’ai conscience que cette harmonisation dissonante peut déclencher des hostilités et si c’est le cas, elles seront les bienvenues et je pourrai, le cas échéant, prendre ma part de responsabilité d’une erreur d’appréciation et de conduite du travail. J’ai conscience que cette stratégie peut ouvrir sur du matériel psychique inédit, nouveau dans le processus thérapeutique.
Je fais confiance à la qualité de notre relation, de notre lien et à mon discernement, pour choisir de ne pas répondre à sa demande. En m’harmonisant à ses affects de tristesse, dans cette étape spécifique du travail de thérapie, je risque d’alimenter un processus mortifère, court-circuit de l’énergie de vie.
Je crée une interruption stratégique de contact pour orienter/réorienter l’énergie vitale de Lucie ; cette harmonisation singulière, si elle est bien reçue peut entraîner une expansion, prendre de l’envergure, pour qu’elle soutienne la créativité, le choix de vie et le renoncement au passé.
Provoquer l’interruption de contact peut être bénéfique pour le client, afin de stimuler le changement.
C’est une fermeture de gestalt avec des vieux schémas d’insatisfactions des besoins relationnels : c’est fini. Ca suffit. Stop.
Quel est l’impact chez Lucie ?
Surprise. Puis colère. Puis incompréhension. Grande bousculade intérieure pendant les vingt quatre heures qui ont suivies la séance « Pourquoi Brigitte fait ça maintenant ? »
Sa confiance et sa sécurité sont ébranlées. Puis lui revient un souvenir, elle a une trentaine d’années à l’époque, Lucie fait partie d’un groupe sectaire, animé par une femme gourou. Qui séduit et puis qui casse. Et me voilà identifiée à cette femme. Pour peu de temps alléluia !
Elle prend appui sur l’expérience de notre relation tissée en ces six années, l’expérience de ma présence, mon implication et mon accompagnement harmonisé.
« Je me réaligne, dit elle, dans la confiance que j’ai en vous, ce que je sais de vous, ce que je vis avec vous. La frustration de la dernière séance et les questions du sens m’ont fait réfléchir à qui je suis aujourd’hui :
Je suis une femme qui a des ambitions pour sa vie, être heureuse, en relation avec les autres, avec un amoureux. Je suis.
C’est vitalisant, structurant.
Me complaire dans mes croyances ça ne m’aide pas. Juste me décaler un peu, faire un pas de côté.
Ca tient. Ca tient mieux. Je peux vivre avec mes coups de vents, je peux les sentir, les vivre. Je ploie parfois, mais je ne romps pas, je ne m’effondre pas. »
Quelque part, quelque chose s’arrête, se termine. Ses rêves sont désormais animés d’une autre dynamique.
Elle peut désormais traverser le manque et faire l’expérience de Je suis :
« Je suis séparée, différenciée de ma mère, de l’autre.
Je suis vivante. »
C o m m e n t a i r e s :
A travers cette illustration, je tenais à vous parler de l’harmonisation comme étant un processus relationnel qui s’adresse à l’élan vital de la personne. L’harmonisation peut devenir invalidante par manque d’harmonisation au processus créatif du Vrai Soi, quand la personne est en contact avec le Soi anti-libidinal, anti éros.
Il peut y avoir une forme d’harmonisation collusion qui coupe de l’élan vital, dans un processus de sabotage qui maintient des systèmes d’homéostasie : celui du client et celui du psychothérapeute.
Je pense à l’illustration de Richard Erskine à propos du principe d’homéostasie : « quand tu fais des achats, tu achètes plus souvent ce que tu connais et qui te plaît. »
L’élastique de l’homéostasie nous ramène en arrière, à ce qui est connu est familier. On observe alors une forme d’enlisement de la psychothérapie qui risque d’aller dans un dispositif symbiotique qui alimente le fantasme d’une fausse éternité dont on ne pourrait sortir, pour éviter la séparation ; or la séparation fait partie du cycle de la vie.
Il y a danger d’une chronicisation de l’harmonisation à des zones du Moi blessé du passé.
Quelque chose n’est pas toujours conscientisé chez le psychothérapeute : forme de méconnaissance qui est à explorer dans nos contre transfert, dans nos espaces de thérapie et de supervision.
L’harmonisation est au service de la vie, il s’agit de ne pas être complaisant avec les bénéfices qui caressent la partie souffrante, pour aider la personne à se désidentifier d’avec son Moi blessé, 9.
D’autres parties du Soi ont besoin d’être soutenues. Il est nécessaire de trouver une voie de dégagement pour ouvrir un autre champ, celui de l’élan vital, du désir pour s’orienter, orienter son énergie vitale, gagner en liberté dans une force de création au service de la vie, du Vivant, du Soi.
Quand ce dispositif stratégique est accueilli par le client et opérant, la mobilisation de l’élan vital est comme un envol ;
Parfois ce n’est pas encore prêt… ou/et erreur de discernement, – de stratégie ou de tactique du psychothérapeute – des erreurs peuvent se produire. Il faut alors revisiter et continuer à soigner les blessures. Sans trop caresser ce qui peut être une forme de résistance au changement.
L’harmonisation dissonante est une harmonisation au Principe de Vie répondant au besoin du Soi Vivant : d’objet de mon histoire, devenir sujet de ma vie.
C’est tout un art, qui demande patience et expérience, dans une conscience et un tact clinique !
« Pierre noire de mon enfance
Te regarder en face
Laisser venir les larmes
Le passé est passé.
Laisser fondre ces vieilles mémoires
Et découvrir l’eau vive de l’instant »,
JeanYves Leloup, 10.
1 LIGETI György,1966, Lux Aerterna Schola Cantorum de Stuttgart, disponible sur Youtube.
2 ERSKINE R.G. & TRAUTMANN, M.L., Methods of integrative psychotherapy, TAJ, 9, 51-59, 1996
3 BUBER Martin, Ich und du, en langue originale, 1923, traduction française « Je et Tu » éd. Aubier, édition revue et augmentée 2012, page 38.
4 ARP Hans, 1886-1966. Peintre, sculpteur et poète allemand puis français, cofondateur du mouvement Dada à Zurich en 1916.
5 O’REILLY-KNAPP Marye, article « Entre Deux mondes : le Soi encapsulé, » paru au TAJ volume 31, n°1, janvier 2001, traduit par Cadot Hélène, mars 2007
6 ERSKINE Richard, « le questionnement, l’harmonisation et l’implication dans la psychothérapie de la dissociation », traduit par Cadot Hélène, juin 1998, page 6.
7 ERSKINE Richard, « l’interposition : une attitude d’intervention thérapeutique », d’après mes notes, enseignement journée d’études, de formation et de supervision, Les Fougères, janvier 2019.
8 ERSKINE Richard, article « Le système de scénario », traduit par Cadot Hélène, juin 1998, page 12.
9 CADOT Hélène, Séance de supervision, janvier 2018, Lyon.
10 LELOUP Jean Yves, « l’absurde et la Grâce : fragments d’une itinérance », éd. Albin Michel, 1991
